Pour cette troisième anecdote, et apres Tristane Banon, j'ai invité un pâtissier parisien en la personne d'Arnaud Delmontel. Lancé par un BEP/CAP
d'hôtellerie, section cuisine puis un CAP de pâtisserie, agrémenté de quelques
stages d'initiation, de l'hôtel Nikko à la Chambre de commerce de Paris où il
parfait ses connaissances en gestion, Arnaud Delmontel devient le temps de son
service militaire, le pâtissier du Premier Ministre. Après un passage à la
Maison du Chocolat et aux Etats-Unis où il chapeaute pendant 17 mois la brigade
d'une pâtisserie, il décide de s'installer à son compte dans la capitale. Au
printemps 1999, son choix se porte sur une ancienne boulangerie de la rue des
Martyrs (Paris 9e) fondée en 1875. Avec une grande variété de pains, gâteaux
traditionnels et créations surprenantes, ainsi que de nombreuses récompenses
dont la fameuse “meilleure baguette de Paris”, Arnaud Delmontel reprend le
flambeau avec un succès grandissant. En novembre 2004, il ouvre sa 2ème boutique
de l’autre côté de la butte Montmartre, au 57 de la rue Damrémont. Il y
présente une gamme de pains traditionnels et de pâtisseries.
Aujourd'hui
Arnaud nous livre une anecdote dans un hôtel de Normandie...
Didier MOINEL DELALANDE
"Royal ou non ?
A 17 ans, je me souviens encore d'avoir pris la voiture de mes parents (conduite par un copain majeur ayant le permis) pour aller en week end à Deauville à la sortie du Palace, et j'ai encore l'image en tête 24 ans après de la pancarte "Deauville" une fois franchie. J'y suis retourné ensuite de nombreuses fois, combien je ne sais plus. La recette était toujours la même, restaurant, les Planches, croissants tout chauds sortis de four de la boulangerie sur le port d'Honfleur, et ensuite, une chambre, un lit ou juste un endroit pour dormir. Chose inconcevable pour moi maintenant, nous partions parfois sans savoir où nous allions dormir. J'ai donc dormi un peu partout, un peu chez tout le monde. Dans le meilleur des cas, j'étais accueilli dans des maisons dont je garde un bon souvenir. Des maisons de vacances à l'ancienne qui sentent l'humidité, le vieux bois, ces maisons pleines de souvenirs au papier jauni et dont les boutons électriques en porcelaine sont là pour rappeler leurs âges m'accueillaient vers 7 heures du matin. J'ai toujours rêvé dans ces moments là, juste avant de tomber dans les bras de Morphée de pouvoir me glisser dans un lit King Size pourvu de multiples oreillers, de draps blancs douillets, d'un ensemble matelas sommier ayant un puissant effet réparateur, d'une paire de chaussons au pied du lit. Les années passèrent et je dus continuer à errer au gré des copains, des hasards, des conquêtes. Une des dernières fois, ne sachant plus où aller, nous nous sommes endormis avec quelques copains dans ma voiture quelque part en ville. Le matin à l'heure où le soleil commence à réchauffer l'habitacle des "Dom Juan" endormis sur les parkings, je vois en ouvrant péniblement les yeux face à moi comme une immense bâtisse blanche, voilà un endroit où les nuits doivent être agréables, les lits douillets... C'était le Royal, et là, je me promets d'y revenir un jour. Là il y aura sûrement des draps propres, douillets, un lit King Size pourvu d'oreillers, des chaussons, un peignoir, quelqu'un pour m'indiquer ma chambre, m'apporter un croissant au lit, une baignoire, des savonnettes, des serviettes de bain de toutes tailles... et après avoir profité de tout cela, je regarderai la mer par la fenêtre (aurai-je un œil pour le parking ?). Il fera beau, j'aurai passé une excellente nuit sur un ensemble sommier matelas au puissant effet réparateur dans un endroit superbe... luxe, calme et volupté !
Cette année, je suis parti en week end à Deauville en famille et j'ai donc réservé une chambre au Royal. Je pris grand soin de demander au concierge une belle chambre, grande, calme, avec un lit de grande taille, je le questionne sur le nombre d'oreillers, de serviettes, y'a-t-il des chaussons, une vue sur mer, cela sera-t-il à la hauteur de mes attentes ? Arrivés vers 19h30, nous dînons au restaurant avec nos enfants puis un petit tour sur les planches (les vraies !), nous prenons la direction de la chambre. Tout est parfait.
A peine étions-nous glissés sous les draps douillets, une dispute éclate dans l'une des chambres voisines, des cris, des insultes, des portes qui claquent. Ma femme et moi tentons de rassurer nos enfants mais cela repart de plus belle. Des torrents d'injures, des mots d'une grossièreté inimaginable dans un endroit pareil (surtout quand on le regarde de l'extérieur). A tel point que je décide d'appeler le concierge non pas pour des croissants ni du champagne mais seulement pour qu'il essaye de calmer deux hystériques.
J'enfile mes chaussons non pour aller voir la mer de ma fenêtre mais pour aller à la rencontre du veilleur de nuit. Dans les couloirs en déambulant au rythme des hurlements d'un couple bien mal parti, je me mets à repenser au parking, aux vieilles maisons dans lesquelles je m'endormais... au calme."