Le Pont d’Arcole ou l’incertain équilibre

Bonaparte au Pont d’Arcole par Delacroix

Nous poursuivons notre rubrique consacrée aux ponts de Paris avec, aujourd’hui, un pont chargé d’histoire : le Pont d’Arcole (dernier article consacré au Pont Saint-Louis).

Contrairement à ce que qu’on pourrait penser, il n’y a aucun lien entre le fait militaire de Bonaparte et le nom de ce pont. La bataille du pont d’Arcole eut lieu en 1796 et opposa 18 000 français dirigés par le jeune général à 24 000 autrichiens et vit la victoire des armées françaises.

Pour seul fait d’armes, l’actuel pont est le premier pont sans appui franchissant la Seine. Il est par ailleurs un des premiers ponts construits en fer et non en fonte. Quant à Arcole, il pourrait s’agit d’un des révolutionnaires de 1830 tombé sous les feux des soldats de Charles X et qui aurait déclaré en mourant : « Je m’appelle Arcole ! Vengez-moi ! ». De nombreux peintres, de Delacroix à Vernet en passant par d’Amédée Bourgeois ont d’ailleurs immortalisé le pont et cette scène dans leurs œuvres.

Amédée Bourgeois-Prise de l'Hôtel de Ville : le Pont d'Arcole
Amédée Bourgeois-Prise de l’Hôtel de Ville : le Pont d’Arcole

Construit par Alain Desjardins en 1828 pour faciliter l’accès à la place des Grèves (l’ancien nom de la place de l’hôtel de Ville) et sous la direction de l’ingénieur Vergès, la passerelle piétonnière d’origine mesurait 92 mètres de long pour 3.50 de large. La capacité d’accueil du pont devient rapidement insuffisante. C’est ainsi qu’en 1854, le pont fut élargi à 20 mètres. L’ingénieur Oudry dirigea les travaux et fit la prouesse de réaliser un pont sans appui. Le pont fut ouvert au public à partir du 12 mai 1856 (originellement prévu le 1er mai 1855 pour la première Exposition Universelle organisée à Paris).

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Vue du Pont d’Arcole depuis le Pont Saint Louis

La prouesse technique d’Oudry présente cependant des inconvénients. Réduite à son minimum, l’épaisseur des arcs subit des tensions engendrées par le poids du tablier (structure porteuse qui supporte les charges de circulation et les transmet aux appuis ou aux éléments de suspension). Des épreuves de résistance sont alors entreprises et, le 16 février 1888, le pont s’affaisse de 20 cm, incident sans conséquence humaine. Adolphe Alphand, alors directeur des travaux de Paris, décide par mesure de prudence de démolir l’édifice. Mais, les réalités budgétaires incitent le conseil municipal à préconiser un simple ressemelage. Pavés, trottoirs et bordures sont remplacés par un plancher en bois plus léger. Les travaux de consolidations commencent à partir du 15 mai 1888 menés par l’ingénieur Barbet qui ajoute 2 fermes supplémentaires. A tout hasard on prévoit des cordes et des bouées ce qui n’est qu’à moitié rassurant. La dernière réfection du tablier est effectuée en 1994-1995.

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Détail de la balustrade

The Pont d’Arcole
In contrast to what one might think, there is no link between Bonaparte’s military feat and the name of this bridge. The Battle of the Bridge of Arcole took place in 1796 and saw a confrontation between 18,000 French soldiers managed by the young general and 24,000 Austrians, resulting in a victory for the French army.

The current bridge’s only claim to fame is that it is the first unsupported bridge to cross the Seine. It is made out of iron rather than cast iron. As for Arcole, he was one of the revolutionaries of 1830 who fell under the fire of Charles X soldiers and who declared while dying: “My name is Arcole! Avenge me!” Several painters, from Delacrois to Vernet to Amédée Bourgeois have immortalised the bridge in their work.
Constructed by Alain Desjardins in 1828 to facilitate access to the Places des Grèves (the former name for the Place de l’Hôtel de Ville) and under the management of the engineer Vergès, the pedestrian walkway measured 92 metres long and 3.5m wide. The bridge’s capacity soon became insufficient. It was only in 1854 that the bridge was widened to 20 metres. The engineer Oudry managed the work and had the skill to create an unsupported bridge. The bridge opened to the public on 12 May 1856 (originally planned for 1 May 1855 for the first Universal Exhibition organised in Paris).
Oudry’s technical prowess presents, nevertheless, some disadvantages. Reduced to a minimum, the thickness of the arches support the pressure generated by the weight of the floor (the supporting structure which takes the weight of the traffic and distributes it to the supports or to the suspension structure). Resistance tests were then undertaken and on 16 February 1888, the bridge subsided by 20cm. Thankfully, no one was hurt. As a safety measure, Adolphe Alphand, the then director of works in Paris, decided to demolish the bridge. But budget realities led the local authority to recommend simple relining. Paved pavements and borders were replaced by lighter wooden boards. Consolidation work began on 15 May 1888, managed by the engineer Barbet, who added two additional supports. Ropes and lifebelts were installed, which provided some reassurance. The last time the floor was repaired was 1994-1995.

Didier MOINEL DELALANDE

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