Denis Grozdanovitch : Une conscience professionnelle hors concours… Anecdote hôtelière n°8

Denis GrozdanovitchDenis Grozdanovitch, né à Paris, a tiré presque tous ses livres des carnets qu’il a commencé à rédiger à l’âge de 14 ans. Lecteur érudit, cinéphile et photographe, il a mené parallèlement une carrière de sportif professionnel (Champion de France de Tennis, Squash et Courte-Paume) et joue régulièrement aux échecs en compétition.
En 2002, il publie le Petit Traité de désinvolture (Corti et Points 2005) qui reçoit le Prix de la Société des Gens de Lettres et devient un livre culte pour ses nombreux lecteurs. Ensuite ce sera Rêveurs et nageurs (Corti 2005, Points 2006) qui obtient le Prix des Librairies initiales, puis Brefs Aperçus sur l’éternel féminin (Robert Laffont, 2006, Points 2007) qui reçoit le prix Alexandre Vialatte. En 2007, il publie De l’Art de prendre la balle au bond chez Jean-Claude Lattès (Points 2009). En 2009 Le Petit Grozda ou les merveilles oubliées du Littré (Points) et La Faculté des choses (recueil de poèmes au Castor Astral. En 2009 : L’art difficile de ne presque rien faire, recueil de chroniques (préfacé par Simon Leys et illustré par Sempé) tiré du blog qu’il a tenu pendant trois ans sur le site du Journal Libération (éditions Denoël et Folio 2010) et Minuscule extases où il évoque ses révélations gustatives (Nil éditions). En 2011, il publie La secrète mélancolie des marionnettes, son premier roman, aux éditions de L’Olivier. En janvier 2012, paraît L’exactitude des songes,un recueil de ses photos accompagnées de ses commentaires, aux Éditions du Rouergue. Enfin, tout dernièrement, il vient de publier une suite de chroniques rassemblées sous le titre La puissance discrète du hasard qui connaît un grand succès en France (éditions Denoël, avec une illustration se Sempé).
Il passe actuellement sa vie entre Paris et la campagne bourguignonne où il possède une maison au bord de la rivière.

Didier MOINEL DELALANDE

Une conscience professionnelle hors concours :
J’aime m’attarder le soir dans le bar du rez-de-chaussée de l’hôtel Le Mathurin à siroter un Martini en lisant les journaux et en lorgnant quelques jolies pensionnaires en train de bavarder. J’y ai toujours apprécié, dans mes contacts avec le personnel, cette civilité conviviale typique des grands hôtels parisiens.

Cependant, une de ces soirées de désinvolture devait, comme on va le voir, flatter mon goût du luxe avec un raffinement plus consommé encore…

Alors que j’avais passé une partie de l’après-midi sur une terrasse de la rue à Saint-Honoré à regarder passer les jolis minois, que j’avais traîné aux abords des Galeries Lafayette, puis dîné dans un restaurant japonais de la rue Saint-Anne qui jouxte l’avenue de l’Opéra, j’étais rentré suffisamment fatigué par mes interminables déambulations pour devoir m’endormir presqu’aussitôt rentré.
Je fus toutefois réveillé en pleine nuit — j’ai l’ouïe très fine — par des petits coups discrets frappés à ma porte. Dans un état quasi-somnambulesque, ma montre marquant trois heures, j’allais entrouvrir précautionneusement la porte avec la chaînette de retenue, pour apercevoir, éclairé par les lampes du couloir, un charmant visage de jeune fille tout à fait semblable à ceux entrevus dans l’après-midi rue Saint-Honoré. La fille était en robe de chambre, laissant deviner à la finesse de ses pieds nus, ainsi qu’à quelques détails subtils, presque impondérables mais bien perceptibles que nous autres, admirateurs du beau sexe, savons repérer à coup sûr sous les parures les plus épaisses, la souplesse sculpturale de son corps. Me dévisageant avec un demi-sourire enjoué, elle me dit :
« Je m’appelle Charlotte, et si parfois tu te souviens de ma mère, je suis sa fille, la fille de Suzanne Letendre que tu accompagnas ici à Paris pour y passer trois semaines amoureuses rythmées par les averses et les brèves éclaircies… à l’automne 1995, il y a dix-neuf ans, t’en souviens-tu ? … »
Je trouvais, à part moi, que la fille – surtout si jeune – s’exprimait de façon étonnamment littéraire, mais pris par le charme de la circonstance insolite et par celui plus envoûtant encore de l’apparition, je la priais d’entrer et de s’asseoir. En l’occurrence, le fait de posséder, dans ma suite, un petit salon attenant à la chambre à coucher, me permettait de conserver les exigences d’une certaine décence… Elle s’installa sur le canapé en repliant ses jambes sous elle puis en s’enroulant dans le plaid qui s’y trouvait plié et me tint ce discours :
— En réalité, ma mère, qui a gardé un excellent souvenir de votre rencontre [je savourais pleinement ce préambule], m’a souvent parlé de toi. Elle a depuis longtemps repéré que tu étais devenu écrivain et a même suivi ta carrière en lisant certains de tes livres, regrettant d’ailleurs que tu ne la mentionnes pas dans ton Brefs aperçus sur l’éternel féminin, mais ne te justifie pas, c’est sans importance. Si tu ne l’as pas fait, c’est sans doute que tu avais tes raisons… Mais voilà, nous vivons actuellement loin d’ici et il se trouve que moi, étant de passage à Paris et – « Puissance discrète du hasard », tu vois je connais le titre de ton dernier livre – descendue dans cet hôtel il y a deux jours, j’ai appris par Le Figaro que tu allais donner samedi une lecture à la librairie Fontaine Haussmann, 50, rue Laborde. Enfin, le chasseur de l’hôtel avec qui j’ai sympathisé m’a appris incidemment que tu résidais ici, toi aussi. Ensuite cela a été un jeu d’enfant que de repérer ta chambre.
— Et, dis-je alors, un peu embarrassé par cette situation inusitée, vous êtes seule ici ?
— Non, je suis avec mon copain, mais c’est un gros dormeur, et il faut que je t’avoue une chose : dès mon plus jeune âge j’ai rêvé d’imiter ma mère et je dois même dire que j’ai toujours voulu rivaliser avec elle ou, du moins — j’espère que tu le comprendras — « avec l’image » que je me fais d’elle. Elle a toujours été très impressionnante, tu dois l’admettre, non ?
— Absolument ! dis-je.
— Or voilà, c’est assez simple : je lui ai téléphoné tout à l’heure pour lui annoncer que je t’avais retrouvé ici, dans l’hôtel et elle m’a de nouveau parlé de toi, puis demandé de trouver ton numéro de téléphone pour te parler, ce que je ferai. Seulement entre temps et avant vos retrouvailles téléphoniques, j’ai conçu le projet de venir te voir afin de vérifier une chose qui me tient à cœur depuis mon adolescence et dont l’occasion ne m’avait jamais été fournie jusqu’à aujourd’hui [à cet instant elle laissa habilement glisser le plaid sur son épaule nue] : savoir si je faisais aussi bien l’amour que ma mère, Suzanne. Serais-tu assez aimable pour te prêter au jeu afin que j’en aie le cœur net ?
Il faut maintenant avouer que bien qu’ayant toujours été fort ardent dans mes désirs féminins, les propositions directes et impromptues m’ont toujours pris de court et déstabilisé (on est procrastinateur ou on ne l’est pas !), ne me sentant éternellement à l’aise — en dépit du surgissement presqu’inespéré de fantasmes longtemps chéris comme c’était le cas en l’occurrence — que dans le dilatoire, le longuement différé (d’où sans doute mon goût pour les contes d’amour courtois de la période médiévale).
Aussi, bafouillant et m’emberlificotant dans des phrases verbeuses alambiquées, commençai-je de louvoyer laborieusement afin de conserver tout à la fois le bénéfice de cette attrayante survenue nocturne et me donner le temps de récupérer mon assiette psychique ébranlée par la vitesse soudaine avec laquelle — elle d’ordinaire si lente à réaliser mes désirs les plus vifs — l’existence semblait vouloir combler une lacune de ma biographie galante.
Je dis :
— Bien entendu, avec joie [je sentis, à peine l’avais-je lâchée, à quel point cette expression sonnait faux et vieux-jeu, mais c’était trop tard] mais ne désirez-vous pas [je persistais absurdement dans le vouvoiement] un verre de vin auparavant ? L’hôtel a eu l’heureuse idée de proposer ce type de bonne bouteille, dis-je en désignant le coin-bar où trônait une bouteille de côte de Brouilly Château des Ravatys 2009, généreusement offert par la direction de ce luxueux établissement, et cela nous permettrait de mieux nous connaître avant de nous rapprocher… euh…[je sentais que j’allais gaffer mais ma langue devança mon appréhension] pour le meilleur et pour le pire !
La fille parut un peu étonnée de cette précaution oratoire, mais reprit tout de suite son allant désinvolte :
— Ecoute ! Avec moi c’est toujours pour le meilleur, je peux te le garantir, dit-elle en dépliant ses longues jambes pour se positionner différemment, mais d’accord, buvons ce verre de vin et après décide-toi, car, tu peux le deviner également, je ne puis non plus, vu la situation, m’éterniser ici…
J’allais jusqu’au bar et nous servis deux verres de vin, que nous bûmes lentement. Le vin était excellent et d’un seul coup je sentis naître en moi une humeur plus offensive :
— Bon ! Nous allons donc tenter le coup, dis-je, et j’essaierai de ne pas trop m’étourdir afin de pouvoir donner ma note objectivement [m’entendant dire cela, je pris conscience du côté réfrigérant de mon entrée en matière, mais depuis le début, je sentais sans cesse mes paroles m’échapper et se développer hors de mon contrôle], mais buvons encore un peu, ce vin est sacrément aphrodisiaque, n’est-ce pas ?
– Oui, on dirait bien, dit-elle, en se levant et en rejetant le plaid qui tomba à terre, puis saisissant elle-même la bouteille, elle s’en resservit un nouveau verre et le but d’un trait. C’est alors que, dénouant la ceinture de sa robe de chambre et me délivrant habilement – pour mon plus grand émoi ! – quelques aperçus de sa parfaite anatomie, elle me prit par la main et m’entraîna vers le lit où elle commença de m’embrasser fougueusement tout en me caressant de manière audacieuse. Le vin et la témérité de la sublime créature aidant, je sentis que mes inhibitions fondaient comme neige au soleil et me retrouvais enfin au comble de l’effervescence amoureuse, lorsqu’hélas – tout à fait, songeai-je après coup, comme à l’instant du climax dans les rêves de Little Nemo – elle murmura à mon oreille :
— Tu as ce qu’il faut ?…
— Euh… dis-je… du Viagra ?
— Non, des préservatifs ?…
— Ah ! C’est-à-dire que non… Je ne pensais pas que… Et puis, comment dire…
Je revenais brutalement à la réalité, prenant conscience du fossé des générations qui nous séparait. Je n’avais plus utilisé de préservatifs depuis ma lointaine adolescence et déjà à cette époque la logistique préalable, ainsi que la technique à déployer in-situ, m’avaient la plupart du temps définitivement handicapé. Je tentais donc, avec d’infinies circonlocutions de lui exposer le problème.
A ma grande surprise, la fille se mit à rire et s’extirpant avec grâce du lit puis se rhabillant, me dit :
– Ma copine Justine avait raison ! Il y a un problème technique insurmontable avec les hommes mariés. Nous ne vivons pas dans le même monde ! Tu ne t’imagines tout de même pas qu’une fille comme moi pourrait faire l’amour [et ici elle employa une expression qui accentua le malaise] simplement pour le fun, sans préservatifs !
– C’est-à-dire, tout simplement, que je n’y pense jamais…
– Tu ne fais jamais l’amour pour le fun avec des inconnues ?
– A vrai dire, cela fait bien longtemps que cela ne m’est plus advenu… et …
– Eh bien, mon cher Denis, si quelquefois tu veux t’y remettre un jour, tu as intérêt à réviser ta pratique. Enfin, je ne saurais donc jamais si je peux surpasser ma mère dans quelque domaine et j’en serai donc quitte pour prolonger ma psychothérapie. Cependant, cela m’aura au moins donné l’occasion de rencontrer un écrivain, pour le meilleur et pour le pire ! ajouta-t-elle avec un petit rire de gorge ironique. De toutes les façons, et même si tu n’es visiblement pas une bête de sexe tu as été gentil et je te suis redevable [elle reprenait progressivement son ton littéraire] d’avoir tenté l’impossible. La vérité est qu’on ne peut forcer la nature, c’est ainsi ! Je le vois bien, tu es avant tout un rêveur et la réalité te prend toujours de court, si tant est d’ailleurs que nous soyons ici en plein réel ? C’est si difficile à repérer ce genre de choses, tu le sais mieux que moi n’est-ce pas ? Et pour finir, c’est aussi mon défaut que de toujours vouloir plier le cours des rêves à ma volonté. Quoi qu’il en soit, je garderai un excellent souvenir de cette entrevue chimérique… Adieu et sans rancune !
— Oui, sans rancune, mais… pas sans regret, m’entendis-je marmonner — effectivement comme en rêve… — vous m’aurez fait approcher au plus près d’un de mes fantasmes favoris et c’est après tout l’essentiel, puisque nous le savons, leur réalisation est presque toujours décevante.
– Si tu le dis, murmura-t-elle plus bas encore, sa voix allant s’affaiblissant à mesure qu’elle s’éloignait…
Il me sembla alors l’entrevoir en train de s’élancer en quelques souples foulées de danseuse jusqu’à la porte, m’adresser un baiser de la main avant de la franchir et disparaître tout aussi irréellement qu’elle était apparue.
Je n’ai ensuite d’autre souvenir que celui d’avoir sombré dans un sommeil de plomb.
Le lendemain, au réveil, j’eus d’abord la surprise de trouver les lampes du coin-salon entièrement allumées, la bouteille de côte de Brouilly Château des Ravatys effectivement débouchée et à moitié vidée sur la table basse, mais escortée d’un seul verre et surtout de constater — détail crucial que le plaid était demeuré plié au carré sur le canapé ainsi qu’il l’avait été à mon arrivée dans les lieux.

Une conclusion s’imposait : non seulement le directeur de l’hôtel le Mathurin m’avait pourvu d’un luxe plus qu’appréciable en me réservant cette chambre charmante mais, en proposant ce vin magique (on ne pouvait dire autrement), il avait poussé le raffinement jusqu’à subvenir à la réalisation partielle — mais peut-on se montrer perfectionniste en ce monde imparfait ? — d’un de mes plus anciens et plus chers fantasmes oniriques.
C’était là la marque, pensai-je alors, d’une conscience professionnelle d’exception qu’on aimerait voir se généraliser partout ailleurs.

traitedesinvolture

An anecdote from the hotel:
Born in Paris, Denis Grozdanovitch draws almost all the inspiration for his books from the notebooks he started writing at the age of 14. Besides being well-read, a film buff and a photographer, he also had a professional sports career (French tennis, squash and jeu de paume national champion) and regularly participates in chess competitions.
In 2002, he published his Petit Traité de Désinvolture (Corti and Points 2005) which won the Prix de la Société des Gens de Lettres and became a cult hit amongst its many readers. Next up was Rêveurs et Nageurs (Corti 2005, Points 2006) which won the Prix des Librairies Initiales, then Brefs Aperçus sur l’Eternel Féminin (Robert Laffont, 2006, Points 2007) which was awarded the Prix Alexandre Vialatte. In 2007, he published De l’Art de Prendre la Balle au Bond with Jean-Claude Lattès (Points 2009). In 2008, Le Petit Grozda ou les Merveilles Oubliées du Littré (Points) and La Faculté des Choses (a collection of poems published by Castor Astral). In 2009 came L’Art Difficile de ne Presque Rien Faire, a collection of columns (with a preface by Simon Leys and illustrations by Sempé) taken from the blog he wrote for three years on the newspaper Libération’s website (published by Denoël and Folio 2010) and Minuscules Extases, in which he recounts his culinary discoveries (Nil Editions). In 2011, his first novel, La Secrète Mélancolie des Marionnettes, was published by Editions de L’Olivier. In January 2012, L’Exactitude des Songes, a collection of photographs with commentary, was released by Éditions du Rouergue. Most recently, he has published a series of columns under the title La Puissance Discrète du Hasard, which has met with great success in France (published by Denoël, with an illustration by Sempé).
He currently splits his time between Paris and the Burgundy countryside, where he owns a house on the riverbank.

Didier MOINEL DELALANDE

An exemplary professional conscience:
I love to linger in the ground-floor bar of Hôtel Le Mathurin of an evening, sipping a Martini while I read the papers and make eyes at some pretty residents as they sit and chat. I’ve always appreciated such moments, exchanging a word or two with the staff and enjoying the pleasant courteousness typical of the great Parisian hotels.
One of these leisurely evenings, however, was to satisfy my taste for luxury with an even more consummate moment of sophistication. Let me explain…
After spending part of the afternoon outside a café on Rue Saint-Honoré watching the pretty faces go by, taking a stroll near the Galeries Lafayette, and eating at a Japanese restaurant on Rue Saint-Anne, just off Avenue de l’Opéra, I returned home so tired by my endless wandering that I had to go to bed almost right away.
I awoke in the middle of the night, however – the slightest sound wakes me up – by a series of gentle knocks at the door. Glancing at my watch (3am), I made my way to the door like a sleepwalker and cautiously pulled it ajar with the chain on. There, in the glow of the lamps in the hallway, my gaze fell upon the lovely face of a young lady very much like those I’d seen that afternoon on Rue Saint-Honoré. The girl was wearing a dressing gown, and the sight of her delicate bare feet and a number of subtle details – almost intangible yet quite perceptible, that we admirers of the fairer sex will notice even under the thickest coverings – hinted at the sculpted suppleness of her body.
Looking intently at me with a playful half-smile, she said, “My name is Charlotte, and if you happen to remember my mother, Suzanne Letendre, I’m her daughter. You brought her here, to Paris, for three romantic weeks of rain showers and fleeting sunny spells… It was autumn 1995, nineteen years ago. Do you remember…?”
I noted inwardly that the girl spoke in a surprisingly literary way – especially for one so young – but, quite charmed by this unusual incident and, even more so, by the bewitching apparition herself, I begged her to come in and have a seat. I was fortunate enough to be able to do so without overstepping the limits of decency, as my suite included a little lounge next to the bedroom… She sat down on the sofa, pulling her legs under her and wrapping herself up in the blanket that was folded there, and then spoke again:
“In actual fact, my mother, who has fond memories of her time with you » – I relished these first words fully – “speaks of you often. She learnt a long time ago that you had become a writer, and she even followed your career by reading a few of your books; speaking of which, she was sorry you didn’t mention her in Brefs Aperçus sur l’Eternel Féminin. There’s no need to justify yourself; it’s of little importance. You must have had your reasons… Anyway, we live far away now and it just so happened that I was passing through Paris and – by « The Discreet Power of Chance », you see, I know the title of your latest book – arrived at this hotel two days ago. I read in the Figaro that you were to give a lecture this Saturday at the Fontaine Haussmann bookshop at 50 Rue Laborde, and when I got talking with the bellboy, I learned by chance that you were staying here too. All I needed to do then was find your room – child’s play.”
“And,” I said, a little disconcerted by the strangeness of the situation, “are you here on your own? »
“No, I’m here with my boyfriend, but he’s a heavy sleeper, and there’s something I must admit: ever since I was a little girl, I have dreamt of imitating my mother. I would go so far as to say that I’ve always wanted to compete with her, or at least – I hope you understand what I mean – with the « image » that I’ve built of her. She has always been very impressive, don’t you agree? »
“Absolutely,” I said.
“So it’s quite simple: I phoned her a while ago to announce that I had run into you here at the hotel, and she told me about you again and then asked if I could get your phone number so she could call you. I will do that, except that, in the meantime, before you speak to each other on the phone, I decided to come and see you so I could check something that’s been weighing on my mind since my adolescence, and which I’ve never had the chance to check until today.” At this point, she slipped the blanket smoothly down her bare shoulder. « I want to know if I make love as well as my mother, Suzanne. Would you be so kind as to play along, just so I can put my mind at ease?”
At this point, I must admit that, despite having always been very ardent in my desire for women, direct, unexpected propositions have always caught me off-guard and perturbed me (some of us are simply born procrastinators!). I suppose that, even when faced with the sudden, almost unimagined offer of a dearly cherished fantasy such as this, I only truly feel at ease when the sensual promise is delayed, unwinding over a long period of time (which is doubtless the explanation behind my fondness for medieval tales of courtly love).
Thus, stammering and tangling myself up in convoluted strings of words, I started to manoeuvre laboriously in an attempt to keep hold of this attractive night-time proposal while winning enough time to steady my mind as it reeled from the sudden shock that existence – usually so sluggish when it came to making my dearest wishes reality – had apparently seen fit to fill in this gap in my amorous biography.
I replied, “Of course, gladly!” – no sooner had the words left my lips than I realised how false and old-fashioned I sounded, but it was too late. “But wouldn’t you prefer” – all the while continuing, absurdly, to use the formal address – “to have a glass of wine first? The hotel had the splendid idea of offering a lovely vintage,” I continued, gesturing at the bar area, where a bottle of 2009 Côte de Brouilly Château des Ravatys, a generous gift from the management of the luxury hotel, took pride of place. “That way we could get to know one another a little before we get closer… uh…” – here, I felt I was going to make a blunder, but my tongue forestalled my apprehension – “for better or for worse!”
The girl looked a little taken aback by this cautionary speech, but immediately regained her composure and drive: “Listen! With me, it’s always for the better, I can guarantee you that!” She stretched out her long legs to switch to a different position. “But all right. Let’s have a glass of wine, but then you’ll have to make up your mind, because, as you can probably guess, I can’t stay too long, given the circumstances…”
I went to the bar and poured us two glasses of wine, which we drank slowly. The wine was excellent, and all at once I felt myself growing more assertive.
“Well!” I said. “So let’s give this a shot and I’ll try my best not to let the wine go to my head, so I can give you my verdict objectively.” Hearing myself say this, I realised how abruptly I was broaching the subject, but from the very beginning, it had seemed my words were slipping out and taking form quite beyond my control. “But let’s drink a bit more. This wine is a devil of an aphrodisiac, isn’t it?”
“I’d say so,” she said, getting to her feet and shrugging the blanket to the floor before grabbing the bottle herself, pouring another glass and downing it in one. It was then that, untying the dressing gown cord and granting me – to my great excitement! – a few deft glimpses of her perfect form, she took my hand and led me to the bed, where she began kissing me passionately and running her hands over my body in a daring way indeed. Aided by the wine and the audacity of this sublime creature, I felt my inhibitions melt like snow in the sun and was finally submitting to the heightening sensual thrill when, alas – very much like the climax of Little Nemo’s dreams, I thought to myself later – she whispered in my ear:
“Do you have?”
“Uh…” I said. “Viagra?”
“No, a condom.”
“Oh! I mean, no… I didn’t think… And, I mean…”
I hurtled back to reality, becoming aware suddenly of the generation gap between us. I hadn’t used condoms since my distant teenage years, and even then, managing the logistics in advance and struggling with in-situ application had been a definite handicap most of the time. I therefore tried, casting about frantically for the right words, to explain the problem to her.
To my great surprise, the young lady burst out laughing. Extracting herself gracefully from the bed and getting dressed, she said, “My friend Justine was right! Married men come with an insurmountable technical problem! We just don’t live in the same world! Surely you can’t think a girl like me could make love —“, and here she used an expression that only served to accentuate my unease, “just for the banter, without protection?!”
“I mean, it’s just that I never think about it…”
“Don’t you ever make love with strangers just for the banter?”
“To tell you the truth, the situation hasn’t arisen for a long time… and…”
“Well, my dear Denis, if ever you feel like starting again, you really must work on your method. Now I’ll never know if I can surpass my mother in any activity, which just means I’ll have to prolong my psychotherapy sessions. Nevertheless, at least I shall have had the chance to meet a writer – for better or for worse!” she added with a sarcastic chuckle. “In any case, even if you clearly aren’t a sex machine, you’ve been kind to me and I’m very grateful to you for attempting the impossible.” She was gradually returning to her original literary style. “The truth is, one can’t force the laws of nature. That’s just the way it is! I can see plainly that above all you’re a dreamer, someone whom reality always catches unawares – if we really are in the real world here, that is! It’s so difficult to tell with these things… You know that even better than I, don’t you? And in the end, my flaw is that I always want to bend the course of dreams to suit me. Either way, I shall look back fondly on this quixotic rendezvous… Farewell, and no hard feelings!”
“No hard feelings, but… a little regret all the same,” I heard myself murmur – just like in a dream, as a matter of fact. “You have brought me closer than I’ve ever been to one of my favourite fantasies, and that’s the most important thing, because, as we all know, fantasies made reality are almost always disappointing.”
“If you say so,” she murmured in an even lower voice, which faded as she walked away…
I then have a vague memory of watching as she performed a few nimble dance steps to the door, where she blew me a kiss before slipping out and vanishing just as impossibly as she had appeared.
After that, I remember nothing except falling into a deep, deep sleep.
When I awoke the next morning, my first surprise was finding the lamps in the lounge area fully lit, the bottle of Côte de Brouilly Château des Ravatys as we had left it, uncorked and half empty on the table, but accompanied by just one glass. More surprising still was this crucial detail: the blanket was still folded in a square on the sofa, just as it had been when I arrived in the room.
There was only one possible explanation: not only had the manager of the Hôtel le Mathurin ensured the height of luxury for me by choosing this charming room, but also, by including this magical wine (I see no other way to describe it), he had pushed sophistication to the point at which it almost – and isn’t almost enough, in this imperfect world? – made one of my oldest and dearest dreamlike fantasies come true.
That, I said to myself, is the mark of an exceptional professional conscience. It ought to be like this everywhere.

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