Buren en rond

Les spécialistes du cerveau nous disent que ce dernier ne fait bien que ce qu’il a déjà répété des milliers fois ; qu’il aime bien la nouveauté mais avec parcimonie ; qu’enfin, il adore, surtout, la répétition de ses habitudes.  En pareil cas, nos appareils cognitifs seront aux anges en visitant Monumenta, au Grand Palais (jusqu’au 21 juin 2012).

Sous les 13 500 m² de la Nef, l’artiste Daniel Buren exprime, avec un talent indéniable, son goût pour la « duplication ». Bien dans le style de ses œuvres antérieures (ses colonnes dans les jardins du Palais Royal…), Buren nous rejoue la partition de ce courant artistique dominant des années 1980. Rappelez-vous , par exemple, les œuvres acoustiques répétitives de Phill Glass, Bob Wilson ou Steve Reich. Au Grand Palais, on est plutôt dans le « tout visuel » mais la démarche est assez similaire.

burenenrondComment Buren relève-t-il son défi? Le motif majeur et récurrent du Grand Palais est le cercle : coupole, arches, escaliers… Le deuxième motif du même genre est la transparence, dans toutes les directions, de la verrière. Buren a donc investi cet espace redondant avec une mosaïque transparente de 377 cercles bleus, jaunes, rouge orangés et verts. Ces ronds, de diamètres différents, sont soutenus par une myriade de colonnes. Ils forment une forêt de parasols laissant passer la lumière. Autre idée de l’artiste : de grands miroirs ronds disposés sur le sol et sur lesquels on marche, permettent de voir, sous ses pieds, la nef culminant à 45 mètres de hauteur ! Enfin, des haut-parleurs diffusent les noms des quatre couleurs en une trentaine de langues. Le tout rend l’ambiance envoûtante, ensoleillée et  aquatique. La nef du Grand Palais, monumentale en elle-même, retrouve, ainsi, des dimensions humaines pour devenir un lieu « cocooning » où l’on se sent bien.

Cela dit, je signale que la performance de Buren a un mécène : la marque de café italienne Illycaffè. Je n’ai rien contre, d’autant que l’on peut déguster, sur place, un café tout à fait honorable dans des tasses spécialement créées par l’artiste. Mais, l’art ne devrait-il pas se garder de trop de proximité avec le monde du marketing ? Je terminerai en rappelant que les précédentes éditions de Monumenta avaient accueilli le peintre allemand Anselm Kiefer, le sculpteur américain Richard Serra, l’artiste français Christian Boltanski, et l’artiste britannico-indien Anish Kapoor.

A titre strictement personnel, je n’aime pas ce que fait monsieur Buren, et cela remonte à la détestation profonde de son oeuvre du  Palais Royal qui fut présentée en 1986. A l’époque un ministre de la Culture s’amusa à mélanger contemporain et ancien. Autant je dois le rreconnaître cela a très bien fonctionné avec la Pyramide du Louvre inaugurée en 1989, autant les colonnes de Buren laissent un goût amer d’éphémère qui perdure et que l’on rénove à grands coups d’euros.

Donc ces colonnes et son environnement se sont dégradées au fil du temps et l’œuvre avait été classée monument historique. En décembre 2007, l’artiste Daniel Buren laisse éclater sa colère sur le « délabrement extrême » de son œuvre « Les deux plateaux ». Il invoque un « Vandalisme d’Etat » et assigne donc l’Etat sur le droit moral de l’artiste qui ne serait pas respecté. En novembre 2008, la rénovation commence : le revêtement de surface (du simple asphalte), le réseau de distribution de l’eau à la fontaine et l’installation électrique ont été intégralement refaits. Un nouveau dispositif d’éclairage, totalement encastré, a été mis en place en surface. Le coût de l’opération, « toutes dépenses confondues », s’élève à 5,3 millions d’euros, ainsi que 500.000 euros de mécénat par le groupe Eiffage. Pour mémoire, elles avaient coûté à l’État un peu plus d’un million d’euros.

Buren in circles
Experts will tell you that our brains only do well what they have already done thousands of times previously, that new things are taken on sparingly and that above all, they love the repetition of habit.  In such a case, our grey matter should be over the moon to visit Monumenta, at the Grand Palais (until 21 June 2012).
The artist Daniel Buren uses the 13,500m² of the Nave to communicate, with unquestionable talent, his passion for « duplication ». In line with his previous works (the columns in the Palais Royal Gardens for example), Buren has once again delivered a piece from this artistic trend which dominated the 1980s. You may remember, for example, the repetitive acoustic works by Phill Glass, Bob Wilson and Steve Reich. At the Grand Palais, it is more about the visuals, but the approach is quite similar.
How did Buren meet this challenge?  The Grand Palais’ architecture is based mainly on circular forms: dome, arches, stairs, etc.  The second feature of the building is its light, coming through the glass from every direction.  Buren therefore decided to fill this superfluous space with a transparent mosaic made up of 377 blue, yellow, red, orange and green circles of varying sizes.  They are all supported by a myriad of columns and form a forest of parasols letting the light through. The artist’s other idea was to place large, round mirrors on the floor which visitors would walk over, enabling them to see the 45m high nave under their feet! Finally, the names of the four colours are broadcast over loud speakers in thirty or so languages. All of this makes for an enchanting, bright and aquatic atmosphere. The monumental nave of the Grand Palais is therefore scaled down to human size and is transformed into a cosy place making you feel at home.
That said, I’d like to point out that the Italian coffee brand Illycaffè is the patron of this exhibition. I don’t have anything against this, all the more so as decent coffee is available to sample at the venue in cups specially designed by the artist. But shouldn’t art be wary of too much proximity to the world of marketing? I’d like to finish with a reminder that the previous Monumenta hosted the German painter Anselm Kiefer, the American sculptor Richard Serra, the French artist Christian Boltanski, and the British Indian artist Anish Kapoor.
On a strictly personal note, I don’t like the work of Mr Buren, and this stems from a deep hatred regarding his work at the Palais Royal which was presented in 1986. At the time a Minister for Culture thought it would be fun to mix contemporary and old styles.  As much as I have to admit that this worked very well for the Louvre Pyramid, opened in 1989, the Buren columns have left the bitter taste of a fad which is still around and whose renovations are costly.
These columns and the surrounding area became damaged over time and the work had been classed as a monument historique (listed building – monuments which are protected due to their architectural or historical importance).  In December 2007, Daniel Buren let his anger be felt about the « extreme dilapidation » of his work entitled “Les deux plateaux” (« The Two Levels »).  He called this « state vandalism » and summoned the state therefore to intervene, on the grounds that the moral rights of the artist had not been respected. In November 2008 renovation work began: resurfacing (in asphalt), reworking the electrics and the entire water distribution network for the fountain. A new, entirely fitted, lighting system was set up on the ground level. The « all inclusive » cost of these works was €5.3 million, as well as €500,000 of patronage by the Eiffage Group. For the record, it had originally cost the state a little over €1 million.

Monumenta 2012 : Daniel Buren
Du 10 mai au 21 juin  2012
Grand Palais / Avenue Winston Churchill 75008 Paris
Métro ligne 1, 9 et 13 Champs-Elysées Clemenceau ou Franklin Roosevelt
De 10h à 19h le lundi et le mercredi – de 10h à minuit du jeudi au dimanche
http://www.monumenta.com/

Didier MOINEL DELALANDE

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Un commentaire pour “Buren en rond

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