Les Petites Douceurs de la Maison Ladurée

laduree1Si je vous parle de gastronomie, et que je vous dis «luxe», «France» et «centenaire», vous devriez déjà avoir une petite idée de mon sujet. Si je rajoute «pâtisserie mondialement connue et admirée», alors le dernier doute s’estompe et vous viennent à l’idée les savoureuses syllabes de cette enseigne prestigieuse, j’ai nommé Ladurée.

Je vous propose de nous remémorer brièvement les origines emblématiques de ladite maison… Cette boulangerie rue Royale, qui, par le hasard des flammes, se transforma en pâtisserie profita également de l’effervescence du quartier de la Madeleine, centre d’affaire en explosion et lieux de rencontre chéri par les parisiens. Ajoutez à cela la brillante idée de la femme du fondateur, voulant répondre à la demande d’espaces de rencontre pour les femmes souffrant de la désuétude des salons, et de l’ambiance excessivement masculine des bistrots. Le rez-de-chaussée, déjà décoré par un grand nom de la peinture, se voit alors agrémenter d’un étage, tout aussi splendide, qui prend la forme d’un salon.

Créant ainsi le concept de salon de thé en France, la famille Ladurée fut la première à offrir aux femmes cet espace de relaxation et de débat tant prisé aujourd’hui. Mais la véritable gageure de l’enseigne, comprenez l’acquisition d’une célébrité mondiale, fut relevée par Pierre Desfontaines, petit-fils du fondateur de la pâtisserie, qui eut l’idée saugrenue de joindre deux macarons ensemble par l’effet colmatant d’une crème à la saveur combinée. Le succès de cette douceur, allié au cadre idyllique de la dégustation, transforma définitivement l’entreprise familiale en référence mondialement connue.Sans rentrer dans une analyse fastidieuse de l’histoire de la marque, on peut cependant s’émerveiller du charme identitaire du développement de ces petites douceurs.

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L’identité visuelle de la marque continue de générer fascination et tentatives de rapprochement, nombreux sont ceux espérant partager le renom de l’icône. On pourra ainsi noter, entre autres, leur apparition dans le film « Marie-Antoinette » de Sophia Coppola, ou la mention faite par Helmut Fritz dans sa chanson « Ca m’énerve ». Le chanteur y reconnait d’ailleurs un lien entre la popularité et la finesse des macarons Ladurée.

Dans les années 90, le rachat de l’entreprise par le groupe Hodler lui donne le tremplin nécessaire à sa propulsion dans la sphère internationale. La multiplication des points de vente oblige les gérants à trouver une solution moins coûteuse pour la réalisation des différentes pâtisseries, qui sont désormais confectionnées dans une zone industrielle de Morangis. Mais ne vous risquez surtout pas à parler d’usine ! Ici, la mention correcte est laboratoire, et la fabrication demeure fidèle (dans la mesure du possible) à la méthode désormais séculaire. Hormis l’apparition d’une chaine du froid, qui d’ailleurs ne concerne pas les macarons vendus dans les salons de thé parisiens, l’ensemble des sucreries et viennoiseries est toujours fabriqué à la main, sous la direction de chefs de création prestigieux (si Pierre Hermé reste le plus connu, les suivants ne sont pas en reste).

laduree3Certes, les détracteurs sont aujourd’hui nombreux, à noter les ingrédients artificiels présents dans les produits Ladurée. Mais la reconnaissance mondiale a un prix et l’époque changeant, les pâtissiers ont du s’adapter. Malgré l’évolution des recettes, le charme opère toujours, et l’image de l’enseigne lui permet même depuis peu de commercialiser des cosmétiques, des articles de papeterie et même des parfums d’ambiance. Espérons simplement que cette figure de proue de la gastronomie française ne négligera jamais sa prétention à l’excellence au profit d’une expansion trop rapide. Tant d’entreprises du luxe français ne souffrent pas ces scrupules, s’adonnant sans vergogne au tout commercial, qu’il serait dommage de ne pas soutenir un tel fleuron de notre patrimoine.

Didier MOINEL DELALANDE

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