Guide Quarin des vins de Bordeaux : Château MARGAUX 2010 à 2003 : l’archétype du goût à la française

semainedugoutChâteau  Margaux  est  actuellement  l’un  des  meilleurs  vins  du  Médoc,  de  Bordeaux  et  probablement  du  monde.  Une  dégustation  récente  sur  trois  millésimes  de  chacun  des  crus  suivants  avait  pour  objectif  de  se  pencher  sur  le  style  des  vins  parmi  les  plus  chers  au  monde.  À  l’aveugle  et  en  public,  Château  Margaux  a  été  unanimement  salué  comme  le meilleur au milieu de La Romanée-Conti, La Mouline, La Landonne, La Turque, Pingus,  Dominus,  Redigaffi.  Pour  moi,  ce  n’est  pas  une  surprise,  tant  mes  dernières  notes  sur  ce  vin  sont  élevées.  Château  Margaux  associe  à  merveille  le  raffinement  et  la  puissance,  les  deux  composantes  les  plus  nobles  dans  le  goût  du  vin.  Son  raffinement  s’exprime  d’abord  à  travers  son  nez  très  aromatique,  fruité,  éclatant  aux  nuances  florales.  Les  vins  de  l’appellation  Margaux,  et  Château  Margaux  en  particulier,  sont  les  plus  parfumés  de  tout  Bordeaux.

chateaumargaux En  bouche,  le  cru  offre  beaucoup  de  goût,  un  toucher  extrêmement  soyeux  pour  du  cabernet-sauvignon,  une  trame  à  la  texture  serrée  et  un  caractère  finement  pulpeux.  Très  fondant  tout  le  long  de  la  dégustation,  il  s’achève  très  long,  sur  le  grain  de  tanin  le  plus  fin  que  je  connaisse  à  Bordeaux,  et  ailleurs  aussi.  Son style est l’archétype du goût à la française, avec tout et rien de trop.
Le  plus  difficile  dans  la  dégustation  de  ce  vin  reste  de  bien  faire  la  différence  entre  la  minceur  et  le  raffinement.  Je  me  suis  trompé  dans  mon  analyse  du  1990  jeune.  Ne  le  sentant  pas  suffisamment  en  relief,  je  n’avais pas su voir sa puissance contenue, sa concentration sous ses allures faciles. En ce  sens, Château Margaux est un vin d’initié. Certes, jeune, il demeure impossible à cracher,  mais  la  mesure  de  sa  grandeur  reste  difficile  tant  rien  ne  dépasse,  ni  ne  domine  dans  ce  qu’il  nous  donne  à  goûter.  Je  connais  peu  de  crus  comme  celui-là,  dont  l’extraordinaire  personnalité  ne  cesse  de  se  révéler  avec  le  temps.

2010   19,5/20 ou 98/100 à boire entre 2022 et 2045
C’est un vin vraiment exceptionnel ! Avec ce millésime, je retrouve le très grand nez  de  Château  Margaux,  le  plus  parfumé  et  le  plus  subtil.  Je  ne  l’avais  pas  ressenti  aussi  fort  depuis  2000.  Or,  les  années  plutôt  parfumées  à  Château  Margaux  sont  d’habitude  des  millésimes  à  la  texture  un  peu  austère,  auxquels  il  faut  du  temps  pour  s’exprimer  (2006,  par  exemple).  L’expérience  prouve  que  dès  que  Château  Margaux  sent  les  fruits  noirs,  sa  texture  sera  celle  d’un  vin  de  rêve.  2010  combine  ces  deux  bases  essentielles  à  la  détermination  du  caractère  extraordinaire  du  lieu.  En  2009,  la  texture  de  Château  Margaux  a  fait  fureur  chez  nombre  de  critiques.  Cependant,  je  ne  lui  ai  pas  octroyé  la  note  maximale  de  par  le  léger  effacement  du  nez.  Avec  le  recul,  il  n’est  pas  impossible  que  les  vendanges  aient  été  un  brin  tardives.  La  nouvelle  réception  de  vendanges  par  gravité  ne  pouvait  jouer  que  le  rôle  d’un  rehausseur  des  qualités  tactiles  de  ce  cru.  En  2010,  la  climatologie  si  favorable  à  la  concentration  aromatique  se  joint  à  la  main  de  l’homme  et  au  terroir  pour  créer  cet  extraordinaire  résultat.  Le  nez  est  splendide,  profond  et  complexe.  En  bouche,  une  texture  royale  s’anime  de  la  grâce  des  parfums,  le  tout  en  puissance  et  en  nuances.  À  noter  encore  que  c’est,  avec  le  2006,  le  millésime  qui  contient  le  plus  de  cabernet-sauvignon  dans  l’assemblage  :  90 %.

2009  18,75/20 ou 97/100  à boire entre 2022 et 2060
Couleur sombre, intense, belle, profonde. Elle était déjà comme cela en 2005. Grand  nez,  mais  cette  fois  on  passe  aux  fruits  noirs.  Il  est  très  fin,  pur,  profond,  sans  la  note  florale  que  le  cru  offre  d’habitude.  Bouche  onctueuse.  Ce  vin  se  développe  finement,  comme  en  suspens  dans  la  bouche,  avec  une  folle  séduction.  Très  savoureux,  très,  très  hédoniste,  sans  angle  bien  sûr,  il  s’achève  fondant,  long  avec  beaucoup  de  goût.  Une  très  grande  bouteille.

2008  18/20 ou 95/100   à boire entre 2020 et 2040
chateaumargaux2Couleur sombre, légèrement évoluée. Nez fruité, fumé et finement boisé. Il se montre  extrêmement  aromatique  à  l’agitation,  avec  une  note  de  framboise.  Entrée  en  bouche  pulpeuse,  puis  le  vin  prend  cette  façon  unique  de  monter  au  milieu,  de  fondre  et  de  se  répandre  en  arômes  subtils.  Finale  complexe,  puissante  et  longue,  au  grain  de  tanin  sophistiqué  et  noble.  C’est  un  grand  vin.

2007  17,25/20 ou 93/100  à boire entre 2015 et 2025
Couleur sombre, intense, belle, légèrement évoluée. Nez fin, fruité, frais et finement  boisé.  Minutieux  en  entrée  de  bouche,  le  vin  se  développe  très  aromatique  et  très  gracieux  avec  du  goût  et  un  toucher  à  la  Château  Margaux.  La  combinaison  arôme- toucher  opère,  et  le  vin  fond  en  finale,  très  savoureux,  uni  et  beau.  C’est  très  bon.

2006 18/20 ou 95/100   à boire entre 2015 et 2050
Couleur  rouge  sombre  et  bleutée.  Grand  nez  complexe  au  fruité  mûr  et  profond.  Nuance fumée. Superbe entrée en bouche grasse, et le vin se développe, ample et plein,  au milieu. Complet, il évolue sur un beau relief tannique et un développement lent vers  une  très  longue  persistance  à  la  texture  et  au  tanin  nobles.  Du  grand  vin.

2005  19,75/20 ou 99/100  à boire entre 2020 et 2060
Le  Château  Margaux  2005  est  un  immense  vin  et  mon  préféré  de  tous.  La  couleur  est très sombre, le nez offre une grande profondeur. Très, très frais, fruité, floral, puis- sant, il sent des notes de prune. En bouche, je n’ai jamais vu autant de puissance et de  fondant  dans  le  même  millésime.  L’attaque,  le  milieu,  la  finale  possèdent  une  présence  et  un  gras  extraordinaires.  De  surcroît,  après  le  milieu,  il  gagne  en  puissance  aromatique pour prendre une sorte de seconde vie en finale. Longueur incroyable. Un géant !

2004  18/20 ou 95/100 à boire entre 2015 et 2030
Couleur  rouge  sombre,  intense  et  belle.  Nez  très  fruité,  frais,  parfumé  et  intense.  Bouche tout en douceur de texture et de chair avec du goût et un aspect fondant. Tanins  fins.  La  décantation  modifie  le  profil  de  bouche.  Le  vin  prend  à  la  fois  plus  d’espace  et  de  nuances.  Il  s’achève  meilleur  sur  des  saveurs  fines  et  nobles.

2003  19,25/20 ou 98/100 à boire entre 2013 et 2045
Voilà  un  autre  fabuleux  millésime  de  Château  Margaux.  Couleur  rouge  sombre,  intense  et  légèrement  évoluée.  Le  nez  du  vin  décanté  et  celui  du  non-décanté  sont  proches,  fins,  subtils,  très  fruités.  Dans  le  verre,  une  belle  odeur  de  cassis,  de  fumée  et  de  fruits  secs  grillés  domine.  Merveilleuse  entrée  en  bouche  où  le  vin  se  développe  suave et raffiné dans ses arômes et son toucher. Magnifique milieu, riche, où il resserre sa trame et prend une allure bordelaise. La finale, superbe, s’achève sur l’arôme. Jeune,  je le goûtais plus tannique. Or, le tanin s’est fondu pour laisser place au goût de Château  Margaux.  C’est  incrachable !  La  décantation  rehausse  l’hédonisme  à  travers  un  caractère  crémeux  plus  apparent.  D’aspect  plus  puissant,  le  vin  ne  se  départ  jamais  d’un  fondu exemplaire. En cela, je le compare au 1990. Très grande finale finement pralinée.  La  note  plaisir  est  très  élevée  pour  un  vin  de  cet  âge.  Gourmands,  essayez-le !

Jean-Marc Quarin
Critique oenologique

Quarin Guide to Bordeaux Wines: Château MARGAUX 2010 to 2003: Archetype of French Taste
Château Margaux  is now one of the best wines of the Médoc, Bordeaux and probably the world. The objective of a recent tasting of three years of each of the following vintages was to study the style of the wines among the most expensive in the world. In blind and public tastings, Château Margaux was unanimously hailed as the best of La Romanée-Conti, La Mouline, La Landonne, La Turque, Pingus, Dominus, and Redigaffi. This is of no surprise to me, as my last grades for this wine are high. Château Margaux marvellously combines refinement and strength, two of the noblest components in the taste of the wine. Its refinement is first expressed through its very aromatic and fruity nose bursting with floral nuances. Margaux appellation wines, and Château Margaux in particular, are the most fragrant of all Bordeaux.
In the mouth, the vintage offers much taste, an extremely silky touch for cabernet-sauvignon, a structure  with a tight texture and delicately fleshy character. Luscious throughout the tasting, it has a very long finish, with the finest tannin I know in Bordeaux, and elsewhere as well. Its style is the archetype of French taste, with everything and not too much.
The most difficult aspect of tasting this wine is properly differentiating between thinness and refinement. I was mistaken in my analysis of the young 1990. Not feeling it sufficiently in relief, I was not able to see its contained strength, concentration under its easy appearance. In this sense, Château Margaux is an enlightened wine. Clearly, young, it remains impossible to spit out, but the extent of its grandeur remains difficult, as nothing surpasses, or stands out in what they give us to taste. I know little about vintages like this one, whose extraordinary personality does not cease to reveal itself over time.
2010   19.5/20 or 98/100 to drink between 2022 and 2045
This is a truly exceptional wine! With this year, I find the great nose of Château Margaux the most fragrant and most subtle. I have not felt it as strongly since 2000. And yet, the rather fragrant years at Château  Margaux are usually years with austere texture, which require time to express themselves (2006, for example). Experience proves that as soon as Château Margaux smells of dark fruit, its texture will be that of a dream wine. 2010 combines these two essential bases for determining the extraordinary character of the location. In 2009, the Château Margaux texture was all the rage among many critics. However, I did not give it the highest grade due to the slight fading of the nose. In hindsight, it is not impossible that the grape harvests were a bit late. The new receipt of grapes harvested by gravity could only enhance the tactile qualities of this vintage year. In 2010, weather so favourable to aromatic concentration combines with human labour and the terroir to create this extraordinary result. The nose is splendid, deep and complex. In the mouth, a royal texture comes to life by virtue of the flavours, all in strength and nuances. It should still be noted that it, along with 2006, is the year that contains the most cabernet-sauvignon in the group: 90%.
2009  18.75/20 or 97/100 to drink between 2022 and 2060
Dark, intense, beautiful and deep colour. It was already like that in 2005. Great nose, but this time, it goes to black fruit. It is very fine, pure and deep, without the floral note that the vintage usually offers. Unctuous in the mouth, this wine develops delicately, as if suspended in the mouth, with a mad seduction. Very tasty, very, very hedonistic, with no slant of course. It has a long, luscious finish with a great deal of taste. A truly great bottle.
2008  18/20 or 95/100   to drink between 2020 and 2040
Dark, slightly developed colour. A fruity, smoky and delicately woody nose, it is extremely aromatic upon swirling, with a note of raspberry. Initially fleshy in the mouth, then the wine takes this unique way of going to the middle, which is luscious and spreads into subtle aromas. A complex, powerful and long finish, with a sophisticated and noble tannin. It’s a great wine.
2007  17.25/20 or 93/100  to drink between 2015 and 2025
Dark, intense, beautiful and slightly developed colour. A fine, fruity, fresh and slightly woody nose. Initially meticulous in the mouth, the wine develops very aromatically and graciously with Château Margaux taste and texture. The aroma-texture combination works and the wine is luscious at the end, very tasty, smooth and noble. It is very good
2006 18/20 or 95/100   to drink between 2015 and 2050
Dark red and bluish colour. Great complex nose of ripe and deep fruit. Smokey nuance. Initially fleshy in the mouth, the wine develops to be extensive and full in the middle. Complete, it develops on a noble tannin relief, slowly, towards a very long lasting texture and noble tannin. Great wine.
2005  19.75/20 or 99/100  to drink between 2020 and 2060
Château Margaux 2005 is a tremendous wine, and my favourite of all. The colour is very dark and the nose offers great depth. Very, very fresh, fruity, floral, strong, with notes of prune. In the mouth, I have never experienced as much strength and lusciousness in the same year. The attack phase, the middle and finish possess an extraordinary presence and body. Moreover, after the middle, it gains aromatic strength to finish with a second life. Incredible length. A giant!
2004  18/20 or 95/100 to drink between 2015 and 2030
Dark red, intense and beautiful colour. Very fruity, fresh, fragrant and intense nose. Mouth immersed in the soft texture and flesh with taste and a luscious aspect. Fine tannins. Decantation modifies the mouth profile. The wine simultaneously takes on more space and nuance. It finishes better on fine and noble flavours.
2003  19,25/20 or 98/100 to drink between 2013 and 2045
Here is another fabulous year for Château Margaux. Dark red, intense and slightly developed colour. The nose of the decanted and non-decanted wine are close, fine, subtle and very fruity. In the glass, a beautiful scent of blackberries, smoke and grilled dried fruit prevails. Initially marvellous in the mouth where the wine develops smooth and refined aromas and texture. Magnificent and rich middle where it tightens its fabric and takes the appearance of a Bordeaux. A superb finish develops on the aroma. Young, I tasted it more tannic. Yet the tannin melted to leave room for the Château Margaux taste. It cannot be spat out! Decantation enhances the hedonism through a more apparent creamy character. With a more powerful appearance, the wine never departs from an exemplary blend. In this respect, I compare it to the 1990. Great praline finish. The grade for pleasure is very high for a wine of this age. Food lovers, try it!

Jean-Marc Quarin
Wine Critic

Didier MOINEL DELALANDE

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